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couverture du livre : Viva Frida

Viva Frida

Didier Goupil

Collection Sur la Scène

ISBN : 978-2-490198-32-0

livre papier10€

D'après les lettres de Frida, un portrait magistral de cette femme hors du commun.

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Le livre

A partir des lettres adaptées par Didier Goupil, Frida dévoile ses sentiments les plus intimes sur son amour, sur son état de santé, sur sa création picturale, sur sa volonté d'être libre…

Texte de Christian Rome, extrait du recueil Le Petit train des gueules cassés (Edition de l’Ours Blanc, décembre 2014)

« Le corps est le temple de l’âme.
le visage est le temple du corps.
Et lorsque le corps se brise,
l’âme n’a d’autre sanctuaire que le visage. »

Carlos Fuentes

Lettre d’un inconnu

Mexico. Coyoacán, 17 septembre 1925.

Une gueule. Une gueule d’ange dans un corps nu étendu sur le sol. Un corps fracassé, brisé ; épaule démise, pied broyé, clavicule et côtes cassées, colonne vertébrale fracturée et pelvis transpercé ; dénudée par la violence du choc qui a arraché ses vêtements. Quelqu’un s’écrie « Une danseuse, c’est une danseuse ! » à cause de la poudre d’or qui la recouvre - un passager portait un sac de poudre dorée qui a éclaté au moment de l’accident et s’est répandu sur son corps ensanglanté. Cela lui fait comme une tenue de ballerine. Cela ressemble à un de ses futurs tableaux. Elle est belle, belle comme un ange. Et elle ne sait pas, ne connait pas encore la souffrance. Trop sous le choc, trop dans une seule obsession : « Mon bilboquet, mon bilboquet multicolore que je viens d’acheter ! ». Elle vient de perdre sa virginité de la façon la plus violente qui soit, traversée, de part en part, violée par une rampe en fer, la main courante du bus. Et elle pense à son bilboquet et à ses parents. Il faut qu’ils viennent la chercher. Elle ne pleure pas. Elle ne se rend pas encore compte. On s’est affairé autour d’elle, on la transportée dans une salle de jeux ; un passant l’a déposée sur une table de billard, puis la Croix Rouge est venue. Malgré la douleur dans la colonne vertébrale, elle s’est assise comme elle a pu et a demandé qu’on appelle sa famille. Elle ressemble à ces autoportraits qu’elle peindra plus tard, où la cruauté obscène de son corps meurtri le disputera à la sensualité. Etre de désir et de souffrance, elle ne sait pas encore qu’elle sublimera son calvaire par la peinture, que la création artistique maintiendra à flot son incroyable force de vie.

« Chère Frida,

J’ai longtemps hésité avant de t’écrire cette lettre. Quand je dis longtemps, c’est presque une vie entière que j’évoque. Tu ne me connais pas, mais moi si, je te connais. Et bien au-delà de la notoriété d’artiste que ton incomparable et si troublant talent de peintre t’a procuré. Tu ne peux sans doute t’en souvenir, mais nous nous sommes rencontrés plusieurs fois. Et ces rencontres ont marqué ma vie à jamais. Si tu lis cette lettre jusqu’au bout, tu comprendras les raison pour lesquelles j’ai mis tant d’années à oser te l’adresser. Tu comprendras aussi - en tous cas je l’espère - pourquoi tu fais partie si intimement de ma vie. Tu découvriras, toi qui connais bien plus de monde que moi, que nous avons quelques amis en commun. Mais avant de te révéler les clefs qui te feront comprendre tout cela et donne sens à ma démarche, je voudrais évoquer, si j’ose dire, notre « première fois ».

J’ai sensiblement le même âge que toi et nous avons fréquenté la même école, l’Escuela Nacional Preparatoria, qui, comme tu le sais, a éduqué une grande partie des élites de notre pays. Tu faisais partie des trente-cinq jeunes filles admises dans l’école sur deux mille élèves. C’est là où je t’ai vue pour la première fois. Tu étais la seule fille de cette petite bande, les Cachucas, un groupe d’intellectuels bohèmes, portant casquette de voyou sur la tête et passant son temps à provoquer les professeurs et les autres lycéens par les frasques les plus insensées. Tu étais l’égérie de ce groupe, dirigé par Alejandro Gomez Arias. Ce dernier, que l’on surnommait Alex, était un de mes copains, mais il ne m’avait pas jugé assez digne, ni assez cultivé, pour intégrer son groupe. Je n’avais pas le droit de participer à vos réunions secrètes. Alors, je me contentais d’écouter ses innombrables discours sur le Mexique nouveau qui allait advenir et exiger de nous « optimisme, sacrifice, amour et joie », après deux décennies d’une guerre civile qui avait laissé le pays en lambeaux. Et je te regardais l’écouter, emplie d’admiration, fascinée par ce garçon brillant, charismatique et bourré d’énergie, tandis que moi je subissais ton charme, en souffrant en silence, mourant secrètement d’amour et de jalousie. Sous tes airs de garçon manqué, ta féminité se révélait au moindre mouvement de ton corps et de tes gestes, au moindre frémissement de ton visage, et tes lèvres, rouges comme la pulpe d’un fruit, semblaient avoir été dessinées pour le baiser. Et quand ton regard, se détachant un instant de l’homme que tu admirais, croisait par hasard le mien, je me sentais pénétré d’une chaleur qui me faisait brûler de désir pour toi. J’aurais tant voulu être à la place d’Alex, mais comment aurais-je pu me mesurer à un jeune homme qui incarnait à lui tout seul la beauté, la virilité, le courage et presque l’homme idéal du Mexique nouveau ? Alors je me contentais d’assister en témoin muet, en observateur, à la lente transformation de votre amitié en histoire d’amour. J’appris plus tard qu’Alex était devenu ton « fiancé. » Sans doute, ton premier amour. Comme il y en aurait bien d’autres par la suite, en dehors de celui, exclusif, de Diego.

Diego Rivera, notre peintre national, était venu réaliser une fresque à école. Avec ta bande de chenapans intellos vous chahutiez le grand artiste. Mais comme tous ceux qui l’approchaient, surtout les femmes, tu étais fascinée par le charisme de cet homme pourtant vieux, gros et laid.

Tu aurais dit : « Un jour j’épouserai Diego Rivera et j’aurais un enfant de lui. » Comme l’actrice anglaise, Vivien Leigh, qui avait annoncé : « J’épouserai Laurence Olivier et j’aurai le rôle de Scarlett dans Autant en emporte le vent. » Vivien a tout eu, Laurence et le rôle. Toi tu as épousé Diego. Mais tu n’as pas eu d’enfant… Une de tes nombreuses douleurs.

Tu te rappelles, sans doute, des événements de l’hiver 1923-24. La révolte contre le Président Obregon, les manifestations et la répression qui suivirent. Pendant ces mois où on entendait les balles siffler, comme au temps de notre enfance quand la révolution grondait, l’école avait fermé ses portes. Et nous restions calfeutrés chez nous, séparés les uns des autres. Quand les cours ont repris, l’année scolaire a vite filé. Et l’année d’après, je suis parti dans un autre établissement. Je ne pensais plus te revoir. J’avais gardé le contact avec quelques camarades et avec Alex. C’est par lui que j’ai appris l’accident. Il était dans l’autobus avec toi mais lui s’en est sorti avec quelques bleus. Pas toi, ma Frida, hélas !

Un mois. Un mois d’hôpital, le corps enserré dans un corset de plâtre, avant qu’on la ramène dans la maison familiale, la Casa Azul, la Maison Bleue. Là, elle va rester allongée encore des mois. Une force de vie immobilisée, paralysée, affrontant pour la première fois les clous sanglants de la douleur enfoncés dans sa chair. Souriant à ses visiteurs mais versant en secret des litres de larmes. Pour lutter contre l’ennui, Frida emprunte à son père de la peinture à l’huile et quelques pinceaux, mais elle ne peut s’asseoir. Alors, sa mère, Mathilde, fait fabriquer au-dessus de son lit à baldaquin, un chevalet doté d’un système qui permet à la convalescente de peindre allongée, et d’un miroir dans lequel elle peut se voir. Ce lit et ce miroir, qui vont accompagner toute sa vie, signent la naissance d’une des artistes des plus singulières du Mexique. Elle commence par se peindre, peint son visage, sa féminité, sa douleur. Douleur qui lui broie la jambe, le pied et le dos, douleur qui lui fait saigner aussi le cœur, car Alex, son fiancé, n’a plus donné signe de vie depuis des semaines, et ce, malgré les nombreuses lettres qu’elle lui écrit. Elle dit « Je ne suis pas malade, je suis brisée. » Alex viendra la voir au bout de quatre mois, mais quelque chose s’est cassée depuis l’accident et leur relation est comme un fil qui se distend et finira bientôt par se rompre. Ainsi Frida connaît sa première déception amoureuse ; et, sur son lit de souffrance elle entame un destin ou vont se mêler douleur physique et morale, passion et création, le tout porté par une incroyable force vitale. Elle dit : « Tant que je peux peindre, je suis heureuse. »

Chère Frida, nous nous sommes retrouvés par un curieux concours de circonstances. En 1928, je me suis inscrit au Parti Communiste et j’ai participé à de nombreuses réunions. Diego menait les débats avec une de ses anciennes conquêtes féminines, la belle Tina Modotti, une ancienne actrice d’origine italienne devenue photographe. Tu te rappelles comme elle était séduisante et pleine d’énergie, une passionaria qui avait la révolution chevillée au corps. A cette époque, nous étions tous fascinés par l’Union Soviétique qui donnait l’exemple d’un monde nouveau, un monde d’égalité, de partage et de justice pour tous. Personnellement, j’ai fini par déchanter et perdre la foi dans cet idéal qui nous éblouissait. Mais je sais que toi et Diego, malgré vos déconvenues avec le Parti, lui êtes toujours restés fidèles, au moins dans ses idéaux. Je ne sais pas comment tu as connu Tina mais un jour je t’ai vu arriver avec elle. Vêtue d’une robe indienne colorée, les épaules entourées d’un rebozo rouge et couvertes de bijoux, tu t’es avancée au milieu de l’assemblée avec la démarche lente et assurée d’une princesse. Qui aurait pu supposer que tes vêtements cachaient un corps mutilé, fracturé, brûlant de souffrance ? Tu incarnais la joie de vivre, le plaisir, la sensualité, avec ce mélange de classe et de trivialité dans ta façon de parler et de lancer parfois des jurons que je n’aurais pas oser prononcer moi-même. Une fille du peuple, avec la dignité et la simplicité d’une fille du peuple. Tina et toi formiez un sacré couple, car tu étais, toi aussi, investie d’une force de conviction révolutionnaire absolue. Vous incarniez toutes les deux un idéal de liberté qui me rendait encore plus fou amoureux de toi. Dès lors, je n’ai pas raté une seule réunion ou manifestation politique qui nous réunissait. Mais il était très difficile de s’approcher de toi, et nos rares échanges furent toujours laconiques car, très vite tout le monde l’a vu, un seul homme comptait pour toi et concentrait toute ton attention, Diego. A nouveau, j’étais témoin de la naissance d’une histoire d’amour qui m’éloignait de toi. L’année d’après tu épousais Diego Rivera, de vingt ans ton aîné.

Sur une des photos de son mariage, elle est assise sur une chaise, drapée dans une tenue traditionnelle, longue jupe, rebozo sur les épaules, les jambes croisées, tandis que Diego, debout, immense, gros, puissant la tient par les épaules. Sur une cliché plus rapproché, on voit davantage la différence d’âge : Frida, jolie demoiselle aux cheveux de jais, tresse tombant sur l’épaule, presque encore petite fille, dont l’apparente fragilité est démentie par un regard intense ; Diego, au visage à la laideur repoussante, sourit ; mais il a, lui aussi, du feu dans les yeux. « L’union d’une colombe et d’un éléphant ! » s’était exclamé, Guillermo, le père de Frida. Diego a déjà trois enfants d’un précédent mariage, de nombreuses maîtresses ; il est volage et séducteur, ce qui inquiète les parents et les amis de Frida, réticents à ce mariage. Cet homme, un des plus populaires du Mexique, dont le talent de muraliste est reconnu dans le monde entier, fait peur. Il est connu pour son impulsivité et ses colères et peut se montrer violent ; il porte toujours sur lui un révolver. Mais sa nature profonde est autre. Elle seule, le sait. Elle seule, connaît le vrai Diego. Dans l’intimité il est tendre et généreux, il a la sensibilité d’un enfant ; ses mains sont petites et douces et Frida aime plus que tout au monde se blottir dans ses bras puissants et se livrer à ses caresses. Pourtant, il a lui aussi besoin de protection ; alors, elle s’occupe de lui, le cajole, lui fait la cuisine, s’organise pour qu’il puisse peindre en paix, se conduit en épouse dévouée, attentive. Elle l’appelle « mon chéri, mon petit enfant, mon joli petit môme, mon Diegeto, mon enfant adoré ». Peut-être pour compenser ce manque cruel : elle n’aura pas d’enfant. Jamais. Juste des avortements et des fausses couches, à cause des séquelles de l’accident. Mais quelle étrange relation s’engage, ce 21 août 1929, traversée de tromperies, de jalousie, de conflits permanents qui les fera s’entredéchirer mais ne parviendra jamais à briser un amour indéfectible et profond ! Jusqu’au bout du chemin ils ne se lâcheront jamais la main, conservant l’un envers l’autre, en dépit des épreuves, sollicitude et solidarité. Et une incroyable complicité artistique.

Au cours de la première année de ton mariage avec Diego, les rumeurs les plus folles se sont mises à courir sur votre couple, car dans notre petit monde tout se propageait très vite. Les tromperies, les maîtresses de Diego et sa jalousie, car toi aussi, d’abord pour te venger et surtout pour affirmer ta liberté, tu as pris rapidement des amants. On disait que chez vous, c’était l’enfer au quotidien. Pourtant, en public, on avait le sentiment du contraire. Tu te souviens de la terrible année qui précéda ton mariage. La manipulation du président Obregon pour rectifier la constitution dans le but de briguer un nouveau mandat présidentiel, son assassinat quelques jours après sa réélection et les troubles qui s’ensuivirent. Tout cela entraina une scission au sein du Parti. Diego, qui était secrétaire général, a senti qu’il entrait en défaveur. Coincé entre un nouveau gouvernement qui commençait à s’en prendre aux révolutionnaires et une aile du Parti qui se radicalisait, Diego n’avait plus la protection de l’Etat et se trouvait désavoué de tous côtés. J’étais là le soir où, pour anticiper son éviction, il s’est exclu lui-même du Parti. Quel comble, et quel panache ! Tu étais, comme moi, aux jeunesses communistes et tu as, toi aussi, par solidarité, suivi ton mari. Est-ce à cause du climat politique ou de vos problèmes de couple que vous êtes partis ? Diego, avait reçu plusieurs commandes de peintures murales de mécènes américains. Il décida de s’installer aux Etats-Unis. J’ai su par des amis communs que vous étiez partis pour San Francisco. Puis, plus rien, pendant des années, juste des bribes d’informations, des rumeurs qui parvenaient par la presse en raison de notoriété de Diego et du coup, de la tienne en tant qu’épouse du grand homme. Puis j’ai eu des nouvelles par Alex, avec lequel je correspondais de temps à autre. J’ai appris ainsi qu’Alex et toi vous étiez retrouvés et que votre amour de jeunesse s’était transformé en amitié sincère. C’est lui aussi qui m’a raconté tes fausses couches, ton désespoir, ta visite furtive à Mexico à la mort de ta mère, ton dégout de vivre aux Etats Unis où Diego voulait s’installer définitivement. Et puis, que tu lui avais envoyé quelques photographies de tes œuvres et qu’il était sidéré par ton talent. Tu étais en train de devenir une grande artiste. Je le découvrirai plus tard. Pour l’instant, je pensais à toi et j’étais attristé de savoir que tu n’étais pas heureuse. Dans mes rêves les plus fous, je m’imaginais que moi seul pourrais t’apporter le bonheur, te réconforter, t’aimer comme personne ne t’avait encore aimée. Et t’arracher à la douleur.

La douleur. Cette étrange et fidèle compagne lui tient la main depuis son enfance. A six ans poliomyélite, une jambe plus courte que l’autre. Elle porte des talonnettes, on l’appelle « Frida Jambe de bois » ; puis l’accident qui la casse en morceaux. Mal soignée au début, elle a senti les séquelles physiques s’aggraver au fil du temps. Combien d’opérations, de corsets, de séjours à l’hôpital ? On a vu trop tard que sa colonne vertébrale était irrémédiablement atteinte, que son ventre déchiré n’arriverait jamais à porter un enfant à terme. Dans son tableau Henry Ford Hospital, elle se représente allongée, nue dans son lit, sur une flaque de sang ; de sa main posée sur son ventre partent des cordons ombilicaux rouges, reliés à des objets qui flottent dans l’air autour d’elle : un fœtus mâle, un escargot hors de sa coquille ; sous sa couche une fleur écrasée, un bassin déformée et un corset en fer. Au loin, à l’horizon émergent, comme une menace, les buildings et les usines de la ville de Détroit, symbole de l’Amérique honnie. Comment fait-elle pour résister à tant de souffrances ? Pour retrouver, une fois l’épreuve traversée, la joie de vivre, d’aimer, de créer ?

En décembre 1933, la presse a annoncé le retour de Diego Rivera au Mexique et donc le tien. Elle relatait aussi les mésaventures de Diego en Amérique. Il avait commencé à peindre une fresque pour le Rockefeller Center à New York. Mais la commande fut annulée car ton mari avait introduit un portrait de Lénine dans la fresque. Du Diego pur et dur ! Ce scandale avait conduit la General Motors à renoncer à une autre commande pour ses bâtiments de Chicago. Diego, qui avait cru que la puissance industrielle de l’Amérique représentait l’avenir, le progrès et un futur radieux pour la classe ouvrière, s’était fourvoyé. Je pense que cela aussi a dû te faire souffrir. Ton mari avait fait construire à San Angel deux maisons reliées par une passerelle, dans le style de Le Corbusier. C’est là que vous vous êtes installés, chacun dans sa maison, un cube rose pour Diego, la Casa Grande, un cube bleu pour toi, la Casa Chica. Ainsi vous viviez encore ensemble, mais séparés. Chacun libre, surtout Diego, d’entamer des relations extraconjugales, mais toujours unis par une sorte de cordon ombilical symbolique. Je ne comprenais pas ce pacte étrange qui me paraissait insensé. Les gens disaient que vous preniez le petit déjeuner ensemble, lisant votre courrier et la presse, échangeant sur vos projets artistiques. Puis, qu’ensuite, chacun se repliait dans sa maison. Par Alex, qui s’inquiétait pour toi, j’ai su que vous viviez très mal tous les deux votre retour au Mexique. Déçu et frustré par son expérience américaine Diego multipliait les aventures sexuelles, et toi, tu souffrais de l’infidélité de Diego et d’un immense sentiment de solitude. J’appris aussi que tu devais être opérée du pied droit qui te faisait souffrir et que tu ne te séparais jamais d’une fiole de cognac. L’alcool est une habitude que tu aurais prise aux Etats Unis, avec certaines drogues qu’on t’administrait pour soulager tes souffrances. Pendant cette période, comme j’habitais encore moi aussi dans le quartier de San Angel, je suis passé souvent sous les fenêtres de la Casa Chica, sans jamais oser venir frapper à ta porte. C’est Tina Modotti, qui organisait encore des fêtes pour rassembler ses anciens amis, qui nous permit de nous revoir.

Chère Frida, sans doute ne te souviens-tu pas de cette soirée, car tu as vécu tant d’événements et connus tant de gens par la suite. Mais, pour moi, ce moment demeure le point ultime de mon existence, un de ces carrefours de la vie où le destin, rusé, ouvre devant toi un chemin d’espoir, avant de le refermer inexorablement, comme on te claque une porte au nez.

Nous étions au moins une quarantaine dans cette salle enfumée. L’alcool coulait à flot. Tina avait fait venir un groupe de Mariachis qui déversait sur nous une musique joyeuse. On dansait, on chantait. L’insouciance et la joie semblaient être revenues sur la terre. Tu étais d’une beauté terrible, dans ta robe indienne. Diego était absent. Je ne sais plus comment on est arrivés à boire ensemble. J’étais un peu parti, mais tu tenais l’alcool mieux que moi. Tu as dit que tu me trouvais joli garçon. Je te sentais disponible. Je t’ai invité à danser. Je croyais prendre dans mes bras une femme fragile, mais quand j’ai senti la volupté des formes de ton corps contre le mien, j’ai été envahi d’une chaleur qui m’a semblé pénétrer toutes les cellules de mon être - sensation que j’éprouve encore aujourd’hui dans les nuits sans fin où je rêve de toi. On a dansé un moment, serrés l’un contre l’autre et puis tu as relevé la tête et tu m’as tendu tes lèvres. On s’est embrassés longuement. Je me rappelle des hourras de félicitations peu discrets de Tina et des autres autour de nous. Et puis tu m’as dit au creux de l’oreille que tu avais envie de moi, c’est ce que tu as dit. Et tu m’as invité à rentrer avec toi, à la Casa Chica, après la fête. C’est alors qu’un coup de feu a claqué dans la salle. Et on a vu un Diego en furie surgir révolver à la main. J’ai eu un moment de panique. Mais toi, tu es restée très calme et tu m’as juste dit « Pas ce soir, mon chéri. Viens demain à 21 heures je t’attendrai. » Pendant ce temps, Diego se précipitait, non pas vers nous, mais vers un couple – un jeune homme en train de flirter avec une jolie femme qui, on l’a su plus tard, était sa maîtresse du moment. Des hommes s’interposèrent, tandis que le garçon prenait la fuite. Diego, bloqué dans son élan, s’est mis à tirer en l’air en hurlant. Et toi, tu es venu vers lui et, de loin, je t’ai vu le calmer et, avec un sang froid incroyable, lui prendre la main, lui faire lâcher le révolver et l’entrainer vers la sortie. Tina a invité tout le monde à en faire autant avant que la police ne pointe son nez. Je suis sorti avec les autres et l’émotion retombée, une seule pensée s’est mise à rouler dans ma tête :

« J’ai rendez-vous avec Frida ! » Pourtant, le lendemain, je ne suis pas venu. Et je n’ai jamais été ton amant.

Un amant ? Qu’est-ce qu’un amant ? Ou une amante ? Car elle aime aussi l’amour avec les femmes. La découverte d’un corps ? L’exploration étourdissante de nouvelles sensations ? Le paroxysme du plaisir provoqué par l’interdit de l’adultère ? Pour elle, c’est beaucoup plus que ça. C’est un nouveau monde qui commence, comme une nouvelle vie qui s’ouvre, la plongée dans l’univers d’un être, dans ses émotions, ses pensées, sa part la plus intime ; au-delà de l’excitation, de la montée du désir et de l’explosion dans l’extase du plaisir, c’est comme un espoir, l’espoir d’une vie heureuse, sans douleur, sans angoisse, comme nager dans une mer tranquille, sans la crainte que son corps fragile ne se brise sous la violence des étreintes. Car le désir chasse la peur et le plaisir chasse la douleur. Alors, elle donne tout. Tout, sans retenue, sans précaution, au mépris du danger. Elle donne jusqu’à l’épuisement de ses forces, jusqu’à l’arrivée de la déception, de la frustration et du chagrin inévitable. Car d’aimer trop, le cœur se casse. Mais elle ne sait pas aimer autrement. Pourtant aucun des mondes qui s’offrent à elle, même ceux des artistes qu’elle admire, peintres, sculpteurs ou photographes, ne peut se mesurer à celui de Diego. Le monde de Diego, infiniment ouvert, ne se referme jamais. Alors chaque fin de relation amoureuse l’aimante à nouveau vers le seul homme de sa vie, son mari, son Diego. Elle lui écrit : « Comme toujours, quand je m’éloigne de toi, j’emporte dans mes entrailles ton monde et ta vie, et de cela je ne peux me remettre. »

C’était une journée de printemps, Frida, qui s’annonçait belle et miraculeuse comme la vie. J’étais plein d’enthousiasme, de foi et d’énergie, car je devais participer avec le Parti à une manifestation sur le Zocalo, pour protester contre les mesures répressives que le gouvernement prenait contre nous, les « révolutionnaires ». Et le soir, j’allais finir la journée dans les bras de la femme qui faisait battre mon cœur depuis tant d’années.

Mais je ne suis pas venu.

Car, comme pour toi, le jour où un tramway percuta celui dans lequel tu te trouvais, un événement inattendu décida du cours futur de mon existence. Tout avait bien commencé sur le Zocalo. Nous nous étions regroupés au centre de la place, tout autour du drapeau national, encadrés par un service d’ordre rompu à l’exercice qui faisait barrage entre nous et les forces de police. Tout le monde respectait les consignes : rester calme et ne pas répondre aux provocations des paras militaires, venus pour en découdre, qui nous traitaient de « sales communistes ». Personne n’a vu d’où c’est parti, mais une bagarre a éclaté au sein de notre groupe, sans doute provoquée par des taupes qui s’y étaient glissées. En quelques minutes, ce fut la confusion et la panique s’empara de la foule.

Les rangs de police qui nous faisaient face se sont avancés vers nous. Et soudain, tout a dérapé. Ils se sont mis à tirer sans discernement. Une balle m’a atteint au visage. J’ai perdu connaissance et je me suis réveillé à l’hôpital, le menton arraché. On m’a opéré d’urgence et en me raccommodant le visage tant bien que mal. Comme tu le sais, mieux que personne, la chirurgie de l’époque n’avait pas les moyens d’aujourd’hui. Et pour moi ont commencé de longues journées de douleur, à peine soulagées par les doses de morphine. J’ai sauvé le bas de mon visage, mais depuis j’ai la bouche et, pour tout dire, la gueule de travers. Une gueule cassée, avec laquelle j’ai dû apprendre à vivre depuis.

C’est ainsi, là où les gouvernements ne tolèrent pas l’expression démocratique, les balles brisent les visages et les vies.

Je suis resté un mois à l’hôpital sans savoir si quelqu’un avait pu te prévenir. En sortant, j’ai appris que tu avais quitté la Casa Chica. Tu te séparais de Diego qui venait de commettre l’irréparable en entamant une relation avec ta sœur Cristina. On disait que tu avais pris un appartement au centre de Mexico. Mais personne, même pas Alex, ne connaissait ton adresse.

Cristina, la petite, la douce, la sœur adorée, sa préférée, sa plus tendre amie, celle sur qui elle a toujours pu compter. La trahison lui transperce le cœur, pire qu’un coup de poignard, pire que tout ce qu’elle enduré jusqu’à présent. Diego, ce salaud, ce sale prédateur, n’a pas épargné l’innocence de la blanche, de la pure Cristina. C’est comme écraser une fleur. Comme souiller ce qu’elle a de plus sacré. Et elle, la petite, comment a-t-elle pu se rendre complice de cette infamie ? Plus tard, bien plus tard, elle admettra qu’aucune femme ne peut résister à l’emprise qu’exerce la séduction fascinante de Diego. Sinon comment expliquer que les plus belles femmes du Mexique et d’ailleurs, Lupe Marin, Tina Modotti, Paulette Godard, Dolorès Del Rio, et tant d’autres connues ou inconnues, lui soient tombées dans les bras, malgré son physique hideux… Oui, un jour, elle sera capable de comprendre. Et de pardonner à la petite. Mais pour l’heure, elle a décidé que sa vie avec Diego était finie. Ne plus le voir, ne plus l’entendre, couper le fil. Définitivement.

Tu n’as pas cherché à me revoir et je n’ai jamais su si tu m’avais attendu, le soir de notre rendez-vous, si tu en avais pris ombrage de ma défection ou si tu avais tout simplement oublié cette rencontre manquée, comme une affaire sans importance. Malgré mon visage défait, encore boursoufflé par l’opération, j’ai voulu te retrouver. En vain. J’ai su finalement que tu étais parti à New York avec deux tes amies, Anita Brenner et Mary Schapiro. Cette fois, j’ai compris que je ne te reverrai plus. J’ai décidé de prendre du champ, de tenter de t’oublier, comme tu essayais d’oublier Diego.

A New York, la moderne, ville de tous les excès, de toutes les frénésies, elle se jette dans l’alcool, la fête, les mondanités et les relations sexuelles, principalement féminines. Comme si elle tentait de retrouver dans la douceur de ces étreintes, la tendresse suprême dont était capable son monstrueux mari quand il faisait l’amour. S’étourdir pour oublier la blessure, effacer Diego de sa tête et de son cœur. Elle sort cependant aussi avec des hommes, surtout des artistes comme le peintre Ignacio Aguirre et le sculpteur Noguchi et tombe éperdument amoureuse du photographe Nick Muray. Aimer un autre homme est peut-être la solution. C’est compter sans l’ombre de Diego qui plane au-dessus d’elle et fait tourner court toutes ses histoires. Mais elle s’obstine, elle résiste, elle est sur terre pour aimer. Et aussi pour créer, elle peint et prend des contacts avec des galeries car son nom commence à circuler dans le monde de l’art, son talent est repéré. Bientôt, elle exposera dans cette ville. Cette énergie qu’elle investit dans tout ce qu’elle fait dissimule la menace qu’elle sent dans son corps. Un corps qui continue de craquer lentement de l’intérieur. Dans les moments où le danger s’approche, elle a besoin de réconfort pour repousser la peur. Et un seul être au monde est capable de la rassurer et de la protéger : Diego. Diego, encore. Il lui manque, devient un besoin plus fort que n’importe quelle drogue. Et elle ne peut plus longtemps étouffer la petite voix intérieure qui lui dit qu’elle doit retourner auprès de lui.

Chère Frida, je n’ai pas réussi à t’oublier. Mais désormais, j’ai suivi ton histoire en lointain spectateur. Tu ne sais rien de moi et je n’ai pas l’intention de te raconter ce que je suis devenu et comment je vis aujourd’hui. Cela n’a pas d’importance. Sache juste que le jeune homme que tu trouvais « joli garçon » n’a pas réussi à se marier, ni à trouver de compagne, à cause de son visage déformé et que, lui aussi, comme toi, n’a pas eu d’enfants. Grâce à ta notoriété et à quelques amis que j’ai conservés du temps de notre jeunesse je suis resté, si l’on peut dire, en « contact » avec toi. J’ai suivi de loin ton retour à Mexico, ton divorce avec Diego et… ton remariage avec lui. Comme tout le monde, j’ai suivi la rocambolesque affaire qui vous a liés à Léon Trotski. Je me suis demandé si réellement tu avais eu une liaison avec le célèbre exilé que vous aviez pris sous votre aile, Diego et toi. Je me souviens du premier attentat contre lui et comment, Diego, accusé d’avoir fomenté le complot en raison des différends idéologiques qui les opposaient, a pu s’enfuir aux Etats-Unis grâce à la complicité d’une de ses maîtresses, l’actrice Paulette Godard. Tu as du être aussi stupéfaite que moi d’apprendre que c’est le muraliste Siqueiros, le plus grand concurrent de Diego qui avait dirigé l’attentat avec un groupe de staliniens. Et puis, il y a eu cet horrible assassinat de votre protégé par l’activiste stalinien, Ramon Mercader. Comme Diego, je n’étais pas d’accord avec les idées de Léon Trotski, mais cette violence, je ne l’ai jamais comprise, encore moins admise. Et c’est sans doute une des raisons qui m’ont fait prendre mes distances au fil des ans avec la politique, si tant est qu’on puisse prendre ses distances avec la politique. Je sais que toi tu es restée fidèle au Parti et à tes idées. Mais j’ai surtout suivi ton ascension artistique. Et quand tu as commencé à exposer ici à Mexico, j’ai acheté discrètement plusieurs de tes toiles dont un autoportrait de toi que j’ai accroché dans ma chambre et que je contemple tous les soirs. Tu vas penser que je suis fou, mais souvent, je te parle, je parle à ton portrait. Et, en contemplant ton image, j’ai l’impression d’entendre ta voix.

Des premières esquisses hésitantes où elle se reproduit elle-même sur son lit de souffrance, l’art de Frida se développe rapidement en une œuvre dont la maîtrise et la profonde originalité n’échappe pas à Diego Rivera, qui la soutient et l’aide dès le début ; une œuvre reconnue par les plus grands de ses pairs, Picasso, Kandinsky, Tanguy, Duchamp ; autoportraits, portraits, où la cruauté de la vie, la douleur la plus intime, celle de l’âme et celle du corps, trouve une expression symbolique reliée aux sources indiennes, au syncrétisme culturel du Mexique qui, dans sa recherche convulsive de la modernité, devient, par ses révolutions successives, l’épicentre des tremblements idéologiques qui agitent le monde. Le pape du surréalisme, André Breton, l’adoube comme un des siens. Mais elle rejette cette paternité qu’elle trouve arrogante et prétentieuse. Elle n’appartient à aucune école. Trop libre, trop singulière, trop mexicaine

Frida, j’ai laissé ma vie rouler sur les années. Une vie discrète, ni heureuse, ni malheureuse, juste habitée par la nostalgie du passé, le regret de ce qui aurait pu être et le souvenir de toi, dont j’essayais de suivre de loin la destinée. Plus le temps passait, plus ta place grandissait dans mon cœur, et plus s’éloignait aussi de moi la perspective de vivre ma propre vie. Je ne pensais pas te revoir. Puis, il y a eu cette rétrospective de tes œuvres à la Galerie d’Art Contemporain, organisée par Lola Alvarez Bravo, ta fidèle amie que j’avais connue moi aussi autrefois. C’était ta première exposition personnelle ici, à Mexico, depuis toutes ses années. Des rumeurs alarmantes couraient sur ton état de santé et beaucoup pensaient que tu ne pourrais être présente. Je suis venue au vernissage. La salle était pleine et j’y ai retrouvé nombre de visages d’autrefois. Mais personne ne m’a reconnu, en raison de ma figure déformée par l’opération et par l’âge, et j’ai pris la précaution de ne pas me signaler et de rester dans l’anonymat. Les gens t’attendaient, entourés par tes œuvres, des plus anciennes au plus récentes. Au milieu trônait un grand lit à baldaquin, peint de couleurs vives, décoré de squelettes en papier mâché et pourvu d’un petit miroir. Lorsque tu es arrivée en ambulance, accompagnée de Diego, on ta transportée sur une civière jusqu'au lit dans lequel tu t’es assise, royale, majestueuse, enveloppée dans ta robe indienne, parée de tes colliers et de tes bracelets. Tu te tenais droite, souriante. Tu semblais apaisée, heureuse. Qui aurait pu se douter que tu tenais parce qu’on t’avait bourrée de calmants pour que tu résistes à la douleur ? Tes admirateurs ont défilé devant toi, comme devant une grande prêtresse, des anciens amis, des célébrités de la culture ou de la politique, des inconnus. J’ai hésité. Puis, j’ai fendu la foule pour arriver jusqu’à toi. Tu as croisé mon regard. Je t’ai félicité et je t’ai simplement dit « On s’est connus, il y a bien longtemps ». J’ai cru, l’espace d’un instant, lire de la stupéfaction dans ton regard. J’ai cru entendre « Oui, probablement.» Puis une ombre a obscurci ton visage. Poussé par la foule, je me suis éloigné. Je suis resté un moment, près de la sortie, à t’observer de loin, entourée de tes admirateurs. J’ai eu un pressentiment. J’ai pensé qu’avec cette fête somptueuse, tu étais en train de faire tes adieux à la vie. Alors, je suis sorti pour cacher mes larmes. Et j’ai décidé te t’écrire.

A quoi tient le fil fragile de la vie ? Comment son incroyable appétit de vivre a-t-il pu repousser l’ombre de la mort qui lui tourne autour depuis son enfance ? Quelle force faut-il posséder pour surmonter les années d’opérations chirurgicales toujours plus douloureuses, l’immobilité des mois d’hôpital, les litres de sang versés lors d’avortements dans des chambres de détresse, les corsets qui torturent le corps pour l’empêcher de s’effondrer ? L’effroi de sentir sa colonne vertébrale se fendre inexorablement ? Et son pied de souffrance qui se détache de son corps ? La gangrène qui menace et, finalement, la jambe amputée et le fauteuil roulant ? A quel moment le désespoir a-t-il finit par gagner la partie sur le miracle de vivre ? Quand a-t-elle décidé de couper le fil ?

Frida, ma chère, ma tendre Frida.

J’ai vécu la gueule de travers. L’âme de travers.

Par procuration. En spectateur de la vie, imaginant tes pensées, tes sentiments, tes souffrances ; témoin silencieux d’une époque et d’un destin que j’aurais tant voulu partager avec toi ; dans la nostalgie des heures dorées de la jeunesse et le regret des chemins non empruntés.

Et des rendez-vous manqués. Comme encore cette fois.

J’avais commencé cette lettre mais je n’ai pas eu le temps de te l’envoyer. Tu as été plus rapide que moi. Quelques mois après ton exposition triomphale, tu t’es éteinte dans la maison qui t’avait vu naître, quarante-sept ans auparavant, la Casa Azul, ta chère Maison bleue. Tu as cessé de te battre pour franchir le fleuve qui sépare les mondes et gagner enfin le repos du corps et de l’âme. Cela fait exactement un an aujourd’hui.

Tu n’as donc jamais reçu cette lettre.

Je la garde sur moi, dans la poche de mon veston, près de mon cœur. Il m’arrive de la lire à voix haute. Tu vas trouver ça stupide pour quelqu’un qui n’a jamais cru en Dieu, mais, avec l’âge, je me prends à imaginer et à croire qu’un autre monde existe. Un monde dans lequel tu te trouves et d’où tu peux me voir et m’entendre.

Si ce monde existe, Frida mon amour, mon bel amour perdu, j’espère que tu entends ma voix et celle de mon cœur qui n’a jamais cessé de battre pour toi. »

Mexico, San Angel, le 13 juillet 1955.

Didier Goupil

Didier Goupil

Né à Paris en 1963, Didier Goupil a longtemps vécu en Languedoc-Roussillon avant de venir s’installer à Toulouse en 2001.

Il est l’auteur de recueils de nouvelles (Maleterre, Absent pour le moment) et d’une dizaine de romans dont certains comme Femme du monde et Castro est mort sont traduits en Autriche et en Allemagne. Concepteur de spectacles (Brûlez le Louvre, Cellule K ou vLe chant du crabe, présentés à la Cave poésie et à la médiathèque Cabanis à Toulouse), il a collaboré au Festival de la Correspondance de Grignan de 2003 à 2013 et a longtemps animé dans le cadre de la Boutique d’Écriture du Grand Toulouse des résidences d’écriture en milieu scolaire ou urbain.

Les Tiroirs de Visconti, a paru chez Naïve Livres en septembre 2013 et il a signé en 2014 l’adaptation théâtrale de Marilyn intime, de et avec Claire Borotra, spectacle présenté au Théâtre du Rond-Point à Paris en 2014 et au Festival d’Avignon en 2016.

Didier Goupil a publié en 2015, Journal d’un caméléon (Le Serpent à Plumes), la biographie mouvementée et fantasmée du peintre catalan Roger Cosme Estève, qui a reçu le prix Jean Morer ; puis en 2016 Traverser la Seine (Le Serpent à plumes).

En 2017, il a organisé l’exposition Le chant du crabe qui présente à la Médiathèque Cabanis et à la librairie Ombres blanches, Toulouse, les œuvres récentes du peintre Cosme Estève et les textes nés de leur collaboration : El cant del cranc et Casa de foc, Voix éditions. En 2019, Impromptus, exposition textes / peintures, librairie L’Échappée belle et Médiathèque de Sète. Publication de l’ouvrage à Voix éditions.

Son dernier ouvrage, Brûlez le Louvre, a paru à la rentrée 2019.

Nouvelles

Maleterre (Alfil, 1995. Le Serpent à Plumes, 2005) – Absent pour le moment (Trabucaïre, 1997) – Cellule K (Le Rocher, 2008) – Brûlez le Louvre (Zinédi, 2019)

Romans

La Mie des Livres (Le Castor Astral, 1997) – Femme du Monde (Balland, 2001. Le Serpent à Plumes, 2003. Naïve Livres, 2007. Haymon Verlag, 2008) – Le Jour de mon retour sur Terre (Le Serpent à Plumes, 2003, poche 2005) – La lettre à Anna (Fayard, 2005, poche 2007) – Castro est mort ! (Le Rocher, 2007. Haymon Verlag, 2009) – Les Tiroirs de Visconti (Naïve Livres, 2013) – Journal d’un Caméléon (Le Serpent à plumes, 2015, L’Aube poche, 2016) - Traverser la Seine (Le Serpent à Plumes, 2016).

Récits

El cant del cranc, , Voix éditions, 2017
Casa de foc, Voix éditions, 2018
Impromptu(s), Voix éditions, 2019

Anthologie

Nouvelles contemporaines françaises, textes avec appareil critique, Hatier, 1997

Scénario

Un certain goût d’herbe fraiche, court-métrage de Fabienne Godet, Lazennec Productions (diffusion France 2 et le câble), 1997.

Adaptation

Adaptation de "Marilyn, intime", de et avec Claire Borotra, Théâtre du Rond-Point, Paris, juin 2014, Théâtre du Chêne Noir, 2016.

Créations hybrides

- Cellule K, printemps 2010 : création hybride et bilingue, vidéo, photos, musiques et voix / présenté à la Cave-Poésie et à l’Auditorium de la Médiathèque Cabanis de Toulouse, 2010.

- Brûlez le Louvre : lecture musicale, auditorium de la Médiathèque Cabanis / bourse de soutien à la création Marathon des Mots et Toulouse Métropole, 2015.

- Ce que l’on sait (ou pas) de l’avenir : création hybride, son, vidéo, texte / présenté au théâtre Le Vent des signes, Festival FIMM, 2016.

- Le Chant du crabe : concert littéraire, auditorium de la Médiathèque Cabanis dans le cadre de l’exposition consacrée au peintre Roger Cosme Estève, 2017.

Du même auteur

Viva Frida (Teaser 1)

VIVA FRIDA - de Didier Goupil, mise en lecture de Karelle Prugnaud (teaser)

En scène avec Karelle Prugnaud et Claire Nebout

VIVA FRIDA- TEASER 2

photo liée au livre

Spectacle Viva Frida ! ©Pascal Gely

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article de Jean-Pierre Léonardini

affiche de l'événement

Spectacle

Viva Frida

Du mardi 22 février 2022 au mercredi 23 février 2022

Châteauvallon-Liberté, Scène nationale, 83190 Ollioules

Billetterie en ligne : theatre-liberte.notre-billetterie.fr

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affiche de l'événement

Spectacle

Viva Frida par la compagnie L'Envers du décor.

Du lundi 07 mars 2022 au samedi 12 mars 2022

Forum Nice Nord

Réservation en ligne ou par téléphone au 04 93 13 19 00.

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